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Une lutte quotidienne

By 08:04:00 ,


Jour important. Ce soir c'est une nouvelle étape. Ce soir c'est moi qui décide si je vais guérir ou non. Ce soir, je vais au restaurant avec des amis. J'ai vu le Docteur Jude hier matin. Il me l'a bien dit « à ce stade, rien n'est facile, à ce stade, comme quelqu'un au régime lutte pour ne pas trop manger, vous vous luttez pour chaque bouchée supplémentaire, qui conduit à la guérison. » Je serai avec des amis. Ce ne sont pas mes parents, je ne suis plus une petite fille qu'on doit forcer à finir son assiette. Je dois m'y forcer moi même. Je dois manger, me faire violence. J'espère passer une bonne soirée (et avec mes amis je pense que cela sera forcément le cas). Ils me l'ont déjà dit, ils ne me mettront jamais la pression, ce ne sont pas eux qui vont me forcer à manger comme eux. Je suis une adulte. La volonté doit venir de moi. Des stratagèmes pour moins manger au restaurant existent, j'en ai usé bien des années. Prendre seulement une entrée, ne surtout pas piocher dans la corbeille de pain... Ce soir je dois être attentive, je dois choisir le plat qui me fait le plus envie, et si c'est le plus calorique, eh bien tant mieux. Je dois le finir, quitte à me sentir baleineau pendant une heure après. Mais sortir du restaurant repue, sûrement un peu coupable, mais fière. Et relire ce texte, que j'écris un peu en préparation de ce moment où je me sentirai mal. Car il ne faut pas se leurrer, je vais me sentir mal. Mais « un mal pour un bien » comme on dit. Docteur Jude me l'a dit, quand je sens que la maladie me fait reprendre le dessus, car c'est elle qui me fait me sentir mal, prendre un peu de recul, et me regarder d'en haut. Et me demander à ce moment là : qui pense ? Est-ce toi ou la maladie ? Ce regard extérieur porté sur soi-même porte un nom, il me l'a dit mais je ne m'en souviens plus.

Je n'arrive pas à ne pas encore anticiper ce restaurant. Je n'ai pas mangé énormément à midi, ni ce matin, mais j'ai tout de même mangé. Et j'ai même pris deux petits gâteaux qu'avait fait une collègue au café (délicieux!). Je n'arriverai pas aujourd'hui à prendre un goûter. Mais aussi parce que je ne veux pas me couper la faim. Je veux arriver au resto avec une faim de loup. 

Ce qui est un moment agréable pour tant de personnes est très dur pour moi, mais je dois me forcer à m'y confronter si je veux guérir. Il y a un premier resto, il y en aura un deuxième, un troisième, et ainsi de suite. Et peut-être qu'au vingtième, cinquantième, ou centième je n'aurai plus peur. Alors je relirai ces mots et je n'oublierai pas. Jamais. Et je serai fière.

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